La question tombe systématiquement au moment de choisir des bornes : faut-il exiger de l’OCPP 2.0.1 ? Le sujet est présenté comme un choix technique. Il est surtout un arbitrage entre ce dont vous avez besoin aujourd’hui et ce qui sera exigible dans cinq ans.
Ce qu’est OCPP, en une phrase
OCPP est le protocole ouvert qui permet à une borne de dialoguer avec un système de supervision, quel que soit le fabricant. C’est ce qui vous évite d’être prisonnier d’un couple borne plus logiciel imposé. C’est aussi ce qui rend possible le changement d’opérateur de supervision sans changer de matériel.
OCPP 1.6J : le standard du parc installé
La version 1.6, dans sa déclinaison JSON sur WebSocket, équipe la très grande majorité des bornes en service en France. Elle couvre l’essentiel de l’exploitation quotidienne :
- démarrage et arrêt de session, à distance ou par badge
- remontée des compteurs et des états de la borne
- autorisation des utilisateurs et gestion des listes locales
- redémarrage à distance et diagnostic de base
- pilotage de puissance simple, suffisant pour de l’équilibrage de site
Autrement dit : un parc en 1.6J bien supervisé fait tout ce qu’un exploitant attend au quotidien. Ce n’est pas une version dégradée, c’est une version mature.
OCPP 2.0.1 : ce qui change réellement
La version 2.0.1 n’est pas une mise à jour cosmétique, c’est une réécriture. Quatre apports comptent pour un exploitant.
Un modèle d’équipement structuré
La borne se décrit elle-même : composants, variables, capacités, limites. Le superviseur sait ce qu’il pilote au lieu de le déduire. Concrètement, cela donne des diagnostics plus précis et moins d’interventions à l’aveugle.
Un pilotage de charge plus fin
Là où 1.6J permet de limiter la puissance, 2.0.1 permet de gérer des profils plus élaborés et des contraintes multiples sur un même site. Sur un parc de quelques bornes AC, la différence est marginale. Sur un dépôt logistique qui doit recharger vingt véhicules dans une fenêtre nocturne sous une puissance souscrite contrainte, elle devient structurante.
La sécurité
2.0.1 intègre nativement des profils de sécurité, la gestion de certificats et des mises à jour de firmware signées. C’est le point sur lequel la version 1.6J montre son âge, et celui qui pèsera le plus dans les exigences réglementaires et assurantielles à venir.
Plug and Charge
L’identification du véhicule par certificat, sans badge ni application, s’appuie sur ISO 15118 et s’articule beaucoup plus naturellement avec 2.0.1. Le confort est réel côté conducteur. Encore faut-il que le véhicule, la borne et la chaîne de supervision soient alignés, ce qui reste rare en pratique.
Le piège du bon de commande
Une borne annoncée compatible OCPP 2.0.1 ne garantit rien à elle seule. Trois vérifications valent la peine avant de signer.
Compatible ou certifié ? La certification par l’Open Charge Alliance porte sur un périmètre de fonctions donné. Demandez lequel.
Quelles fonctions sont réellement implémentées ? Beaucoup de modèles annoncent 2.0.1 avec un sous-ensemble qui ne couvre pas le pilotage avancé ni la sécurité. C’est précisément ce pour quoi on paie la version.
La bascule est-elle possible à distance ? Sur une partie du parc, passer de 1.6J à 2.0.1 impose une mise à jour de firmware, parfois une intervention physique. Sur d’autres modèles, la bascule est un simple paramètre. La réponse change le coût total.
Notre position
Un parc hétérogène est la norme, pas l’exception. Nous supervisons les deux versions, sur plus de 400 modèles de bornes, et nous ne conditionnons aucune reprise de parc à un changement de protocole. Pour un achat neuf, en revanche, la recommandation est simple : privilégiez un matériel dont le passage en 2.0.1 est possible par mise à jour à distance, même si vous exploitez en 1.6J aujourd’hui. Vous achetez la borne pour dix ans, pas pour la configuration de cette année.
